Nous présentons dans ce bulletin les dernières informations concernant les activités dans la zone NaturAfrica centrale.
NaturAfrica renforce la prise en compte des droits humains dans les paysages de conservation
Entre avril et juin 2025, l'Assistance Technique régionale NaturAfrica – Afrique centrale a conduit la mission d'appui aux opérateurs NaturAfrica pour la mise en conformité aux exigences en matière de droits humains et de gestion des plaintes. Cette mission visait à accompagner les opérateurs dans la mise en œuvre de leurs obligations contractuelles, qui prévoient la mise en place de Mécanismes de Gestion des Plaintes (MGP) destinés à garantir la transparence et la redevabilité sociale.
Les travaux ont mis en évidence des niveaux d'avancement très variables selon les contextes et les partenaires : certains opérateurs disposent déjà de dispositifs fonctionnels, tandis que d'autres en sont encore à la phase de conception. Ces constats ont conduit à élargir la réflexion : au-delà du seul traitement des plaintes, les dispositifs peuvent évoluer vers de véritables Mécanismes de Retour d'Information (MRI), instaurant un dialogue permanent entre les projets et les communautés, permettant de recueillir et d'analyser les retours, perceptions et attentes locales, et d'alimenter ainsi le suivi-évaluation socio-économique des interventions NaturAfrica.
Une mission de terrain et de consultation des opérateurs NaturAfrica
La mission a mobilisé des profils d'expertise complémentaires : un spécialiste de la gouvernance et des politiques de conservation et un expert issu du secteur humanitaire, fort d'une expérience approfondie en matière de protection et de redevabilité communautaire.
La phase de terrain, conduite conjointement avec le Centre pour l'Environnement et le Développement (CED), a concerné les paysages du TRIDOM et de la TNS (segments Cameroun, Congo, République centrafricaine). Les équipes ont rencontré les opérateurs et parties prenantes locales, observé les dispositifs existants et échangé avec les représentants communautaires. Des visites ont notamment eu lieu
en périphérie du Parc de Lobéké, autour de la Réserve de Faune
du Dja, et à Bayanga (Dzanga-Sangha) pour documenter les pratiques des différents acteurs impliqués dans la mise en œuvre des dispositifs existants dans les paysages TRIDOM et TNS.
En parallèle, une consultation à distance a permis d'impliquer l'ensemble des opérateurs NaturAfrica actifs dans les autres paysages de la sous-région, afin de partager les expériences, identifier les besoins d'appui et dégager des pistes d'harmonisation.
Partager les expériences pour progresser ensemble
Un atelier d'échange d'expériences s'est tenu à Ouesso (Congo), réunissant African Parks (Odzala-Kokoua), WCS (Nouabalé-Ndoki) et WWF (Dzanga-Sangha). Ces échanges ont permis de comparer les approches, d'identifier les défis communs et de renforcer la collaboration entre opérateurs. De manière générale, l'Assistance Technique régionale souligne que la question des droits humains ne peut être traitée en silo : elle requiert une mobilisation collective, le croisement des expertises et la valorisation des retours du terrain pour progresser ensemble.
Des outils pour accompagner les opérateurs
À l'issue de la mission, plusieurs livrables pratiques ont été produits
pour appuyer les opérateurs dans la mise en œuvre et le suivi de leurs dispositifs :
un cadre méthodologique commun,
des procédures opérationnelles standards (POS),
une matrice de classification,
et une base de données conceptuelle pour le suivi et l'analyse des cas.
Consultez la note synthétique et téléchargez le document :
L'Assistance Technique régionale poursuivra son appui sur les questions de droits humains et de gouvernance sociale tout au long du programme NaturAfrica. Une évaluation de l'état de développement des dispositifs MRI est prévue entre fin 2025 et début 2026, suivie d'un travail de capitalisation associant opérateurs, OSC et administrations compétentes, afin de consolider les apprentissages et de diffuser les bonnes pratiques à l'échelle régionale et continentale.
Gashaka-Gumti – ANI
Le Parc National de Gashaka-Gumti (PNGG) fait partie du paysage prioritaire pour la conservation et le développement du Grand Septentrion Vert et Résilient allant de Sena Oura au Tchad jusqu'à Gashaka-Gumti au Nigéria. Bien que le Nigéria ne fasse pas partie de l'espace COMIFAC, le PNGG a bénéficié d'un financement régional NaturAfrica pour l'Afrique centrale, en raison de sa position stratégique dans ce corridor écologique transfrontalier.
Un modèle de cogestion public-privé
Le PNGG est géré par Africa Nature Investors Foundation (ANI), qui a signé un Partenariat Public Privé avec le service des parcs nationaux au Nigéria (NPS) en novembre 2017 pour la cogestion du parc national de Gashaka-Gumti sur une période de trente ans.
Cet accord constitue une première au Nigéria. Il établit un partenariat bilatéral de cogestion qui permet au gouvernement de partager la gouvernance et la responsabilité de la gestion avec ANI, tout en maintenant les pouvoirs et prérogatives du NPS.
Dans ce système de cogestion, l'équipe de gestion d'ANI mène les activités financières, techniques et opérationnelles aux côtés du NPS. Un comité de pilotage local réunit des représentants d'ANI, du NPS, du ministère fédéral de l'Environnement ainsi qu'un représentant des communautés locales.
Ce comité donne à l'unité de gestion, dirigée par le chef de projet d'ANI, le mandat d'assurer la gestion quotidienne du parc et l'application des lois. Le NPS conserve ses pouvoirs et ses responsabilités, les activités étant dirigées par le directeur du NPS du PNGG.
Principaux domaines d'intervention
Les activités menées par l'unité de gestion comprennent :
_ Les infrastructures : mise en place de l'infrastructure nécessaire, des bâtiments pour les opérations et les logements pour les équipes du PNGG, des routes d'accès, la logistique liée aux véhicules (y compris le soutien aux aéronefs légers) et le développement de la capacité d'entretien des infrastructures.
_ La restauration de l'habitat et la gestion de la faune : restauration de l'intégrité complète des fonctions écologiques du parc, y compris le captage de l'eau, la capture du carbone et la conservation de la biodiversité, ainsi que la gestion des habitats intacts et des populations fauniques.
_ L'appui communautaire : mise en œuvre de la gestion collaborative du parc avec les communautés enclavées. Il s'agit notamment d'améliorer les moyens de subsistance pour leur permettre de participer à sa protection et de mettre en place des structures de bonne gouvernance pour garantir une représentation équitable des communautés.
_ La protection du parc : développement des capacités d'application de la loi par la formation et le déploiement du personnel et l'acquisition d'équipements et de systèmes pour des mesures efficaces de protection, de sécurité et de lutte contre le braconnage.
Une approche économique et communautaire intégrée
Le PNGG se distingue également par un modèle de "conservation-business", qui cherche à assurer la durabilité financière du parc tout en soutenant les communautés locales. Parmi les initiatives emblématiques :
Un projet carbone validé par Verra (VCS/5308) et autorisé par le Nigerian Council on Climate Change, estimé à 3 millions USD/an de revenus à terme.
Un écotourisme haut de gamme inspiré du modèle botswanais, avec des eco-lodges à faible impact et des infrastructures d'accueil pour étudiants.
Des partenariats inclusifs : micro-crédits agricoles avec le groupe Arila, foyers améliorés avec Roshan Renewables, et programmes d'autonomisation des femmes (35 groupes de production de beurre de karité).
Des actions éducatives et sanitaires : construction d'écoles écologiques, appui aux apiculteurs, campagnes vétérinaires et bourses étudiantes.
Coopération transfrontalière et accords bilatéraux
Dans une perspective de renforcement de la gouvernance transfrontalière, ANI, avec l'appui financier de l'Union européenne, œuvre avec le MINFOF pour la finalisation du classement et la mise en place d'un plan d'aménagement et de gestion pour le parc national de Tchabal Mbabo au Cameroun, ainsi que pour le renforcement du partenariat entre le parc national de Gashaka-Gumti et le parc national du Faro, et d'une manière plus large des espaces pastoraux frontaliers entre le Cameroun et le Nigéria.
Ces initiatives s'inscrivent dans les accords bilatéraux pour la conservation des écosystèmes transfrontaliers et la gestion durable des ressources forestières et fauniques signés en avril 2024 à Abuja.
Conkouati – Douli :
Le Parc national de Conkouati-Douli, un nouveau parc appuyé par l'Union européenne
Situé à l'extrême sud-ouest du Congo, à la frontière avec le Gabon, le Parc national de Conkouati-Douli (PNCD) s'étend sur plus de 5 000 km², dont un quart d'écosystèmes marins. Classé catégorie II de l'UICN, site Ramsar et inscrit sur la liste indicative du Patrimoine mondial de l'UNESCO, il abrite une mosaïque exceptionnelle de forêts côtières atlantiques, de mangroves, de lagunes et de savanes où cohabitent chimpanzés, gorilles des plaines de l'Ouest, éléphants de forêt, lamantins et tortues luths – ces dernières faisant du site le deuxième lieu mondial de nidification de l'espèce.
Depuis 2021, la gestion du parc est assurée par l'ONG Noé, dans le cadre d'un Partenariat Public-Privé signé avec le gouvernement congolais pour une durée de vingt ans. Grâce à l'appui combiné de plusieurs bailleurs – Union européenne, Affaires mondiales Canada et US-FWS – le PNCD bénéficie désormais d'un financement pluriannuel solide. L'Union européenne, à travers le programme NaturAfrica, y consacre 2 millions d'euros pour la période 2024-2027, marquant l'entrée officielle du parc dans le portefeuille des paysages prioritaires pour la conservation et le développement soutenus par le programme.
L'appui européen permettra à l'Agence congolaise de la Faune et des Aires Protégées (ACFAP) et à Noé de renforcer les infrastructures de gestion, d'étendre la surveillance terrestre et maritime (grâce notamment aux technologies de télédétection et à l'application Skylight), de soutenir le biomonitoring et les activités communautaires (pêche durable, atténuation des conflits homme-faune, agriculture vivrière, écotourisme). Ces interventions s'inscrivent pleinement dans les trois piliers de NaturAfrica : biodiversité, économie verte et gouvernance inclusive.
Vers la relance du complexe transfrontalier Mayumba–Conkouati
Conkouati-Douli forme, avec le Parc national de Mayumba au Gabon, un ensemble écologique unique couvrant les écosystèmes côtiers et marins du golfe de Guinée. Ces deux parcs sont liés depuis 2010 par un accord binational de coopération (PTMC), visant la gestion concertée des ressources naturelles, la surveillance conjointe et la promotion d'un développement durable partagé.
Après plusieurs années d'inactivité, la relance du PTMC bénéficie aujourd'hui d'un nouvel élan politique et technique, porté par les financements alloués aux deux parcs dans le cadre du programme NaturAfrica et par le projet d'Appui à la diplomatie environnementale de la COMIFAC, qui favorise la reprise du dialogue et de la coopération transfrontalière.
Les 10 paysages appuyés par NaturAfrica en Afrique centrale avec une mise en œuvre entre 2024 et 2027
Assistance Technique Régionale à pour mission :
- Gouvernance régionale, permettant des économies d'échelle
- Animer et coordonner les différents acteurs des paysages dans une dynamique de gouvernance transfrontalière
- Intégration avec d'autres programmes régionaux
- Études régionales et promotion d'outils communs
- Gestion des connaissances et capitalisation des résultats
L'Assistance Technique Régionale (ATR) est basée à Yaoundé en appui à la Délégation de l'UE au Cameroun, qui assure la coordination du programme régional NaturAfrica en Afrique Centrale. Elle a pour mission de faciliter la collaboration entre les bénéficiaires des subventions du programme et les huit délégations de l'UE impliquées en Afrique centrale (Burundi, Cameroun, République Centrafricaine, République du Congo, République Démocratique du Congo, Gabon, Rwanda, Tchad), ainsi que la DUE au Nigéria pour le parc de Gashaka-Gumti. Sa proximité avec le Secrétariat Exécutif de la COMIFAC facilite les échanges et renforce l'appropriation institutionnelle du programme.
L'assistance technique régionale de NaturAfrica Afrique Centrale
est mise en œuvre par le consortium AGRECO, SHER et MDF
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